1er baromètre financier Watt’s Next Conseil : les énergéticiens européens restent dans l’attente de jours meilleurs

wtsc

Contraction de la demande, effondrement des prix de gros, moindre utilisation des centrales thermiques (au gaz notamment) … les marges sont à la peine. Le taux de marge brute d’exploitation (EBITDA / CA) des 25 premiers énergéticiens européens ne cesse de diminuer, abandonnant 3,7 points depuis 2010.

 

En plus de cette érosion de la performance opérationnelle, les dépréciations d’actifs ont nettement dégradé le résultat net de plusieurs opérateurs. A ce titre, les 15 milliards d’euros de dépréciations passés par Engie en 2013 sont encore dans les esprits.

 

Tous les opérateurs ont engagé des programmes de réduction de coûts, parfois très ambitieux, mais qui n’ont – jusqu’à présent – pas permis d’enrayer la spirale baissière de la profitabilité.

 

Si les opérateurs restent à l’affut d’acquisitions ciblées, l’heure est au désendettement et au recentrage sur le core business. Au cours des cinq dernières années, les 25 opérateurs analysés ont ainsi cédé pour 90 milliards d’euros d’actifs. Et ce mouvement va se poursuivre avec, pour certains, des opérations radicales à l’image d’E.ON. L’opérateur allemand a annoncé un changement de modèle avec la vente programmée (ou l’introduction en Bourse) d’Uniper, l’entité qui regroupera notamment ses actifs de production d’électricité d’origine nucléaire et thermique fossile.

 

Les investissements industriels annuels sont en chute libre. Ils sont ainsi passés de 73 milliards d’euros en 2010 à moins de 60 milliards d’euros en 2014 (- 18 %). Une tendance lourde et qui va continuer, les opérateurs réduisant presque tous leurs enveloppes d’investissements pour les prochains exercices. Cette contraction des investissements tombe au plus mal à l’heure où la Commission européenne a chiffré à 2 000 milliards d’euros les investissements à engager au cours de la prochaine décennie. Dès lors, deux situations pourraient survenir : un manque d’investissement dans les systèmes énergétiques européens et/ou l’arrivée de nouveaux investisseurs (un phénomène déjà observé depuis plusieurs années dans les activités régulées notamment).

 

Les difficultés rencontrées en Europe poussent les opérateurs à réallouer une partie de leurs maigres ressources hors de ses frontières. Brésil, Inde, Chine, Moyen-Orient, etc. les énergéticiens partent à la conquête du grand international. Une ambition stratégique affichée haut et fort mais qui reste à concrétiser pour des opérateurs encore majoritairement dépendants des marchés européens (comme E.ON, RWE ou EDF). En revanche, cette stratégie d’internationalisation hors Europe est nettement plus palpable pour des groupes comme Engie (dans le gaz notamment), Iberdrola et Enel qui réalisent déjà autour de 20 % de leur chiffre d’affaires hors d’Europe.

 

Programmes de réduction des coûts et d’excellence opérationnelle, cessions d’actifs, fermeture de centrales, etc. les énergéticiens européens s’adaptent à la dégradation de leur environnement. Ils font le gros dos, pour le moment, mais seront en position pour profiter pleinement de la sortie de crise, qui n’interviendra probablement pas avant 2017/2018. En attendant, ils doivent relever le défi de la digitalisation et des smart grids … un défi qu’ils ne sont cependant pas seuls à vouloir relever.