SNBC 3, bilan prévisionnel 2025-2035 de RTE … quel avenir énergétique pour la France ?
La fin de l’année s’est achevée, toujours sans vote de la Programmation Pluriannuelle de l’Energie (PPE). Ce document cadre aurait pourtant dû, selon le Code de l’Energie, être adopté avant le 1er juillet 2023. Deux ans et demi plus tard, il n’est est donc toujours rien.
Dans ce contexte d’incertitude majeure, chaque élément vient éclairer – voire enflammer – le débat énergétique français. Or, deux publications attendues ont été dévoilées au mois de décembre 2025 : la mise à jour de la Stratégie nationale bas-carbone de la France (dite « SNBC 3 ») et surtout le bilan prévisionnel de RTE pour la période 2025-2035.
La stratégie nationale bas-carbone est la feuille de route de la France pour réduire ses émissions de gaz à effet de serre et tendre vers un objectif majeur : l’atteinte de la neutralité climatique à horizon 2050. A cette échéance, les émissions du pays auront été réduites à 61 MtCO2eq (contre 376 MtCO2eq en 2023) et seront quasi intégralement compensées par les puits de carbone naturels et technologiques (59 MtCO2eq).
Pour se faire et parallèlement renforcer la souveraineté énergétique, la chasse aux énergies fossiles est lancée avec des objectifs ambitieux : sortir du charbon à horizon 2030, du pétrole d’ici 2045 et du gaz naturel en 2050. Accompagné par des efforts d’efficacité énergétique élevés, la transformation du mix énergétique serait à la faveur de l’électricité. Par exemple, dans l’industrie, la part de l’électricité passerait de 37% en 2023, à 45% en 2030 et à 55% en 2050.
Et c’est justement dans cette perspective de l’atteinte des objectifs climatiques de la France et donc d’une électrification des usages que s’inscrit l’un des deux scénarios de référence de RTE.
Premier constat, économique : la facture énergétique de la France s’est élevée à environ 60 mds € en 2024. Ce solde reflète des dépenses de l’ordre de 65 mds € liées aux importations de combustibles fossiles, et des recettes de 5 mds € issues des exportations d’électricité.
Second constat, technique : la production bas-carbone d’électricité en France progresse, grâce au retour en forme du nucléaire et de l’hydraulique, et au développement des renouvelables (+ 9 TWh/an sur la période 2021-2025). Elle croît au rythme nécessaire à la décarbonation du pays. En revanche, la consommation d’électricité ne décolle pas (d’où des exportations records !). Elle reste 6% en-dessous de son niveau pré-Covid.
Conséquence directe, et c’est une bonne nouvelle : le niveau de risque du système électrique français est historiquement faible et le restera lors des prochaines années.
Dans ce contexte, RTE envisage deux trajectoires pour la décennie à venir :
- Un scénario de décarbonation lente qui ne permettrait pas d’atteindre les objectifs climatiques. La consommation d’électricité atteindrait 470 TWh en 2030 et 505 TWh en 2035 (contre 450 TWh en 2024).
- Un scénario de décarbonation rapide qui amènerait, lui, à l’atteinte des objectifs climatiques. Dans ce cas, une électrification significative des usages (industrie, mobilité, production d’hydrogène, datacenters, etc.) porterait la consommation d’électricité à 510 TWh en 2030 et à 580 TWh en 2035.
Mais attention, le scénario de moindre électrification pourrait avoir des conséquences lourdes du côté de la production comme en alerte RTE : « la poursuite d’une tendance d’électrification modérée conduirait à remettre en question des projets éoliens en mer et les nouveaux réacteurs nucléaires. » D’où un appel lancé aux pouvoirs publics par la filière électrique, pour qu’ils favorisent l’électrification des usages, y compris, par exemple via une adaptation de la fiscalité.